dimanche 8 mars 2009

L'Aven Mazia - I - Le Songe

[La prison de Turon]

« Lève les yeux. Et au-delà de la brume humaine, vois ton étoile.
Ne sous-estime pas l’homme ridé. Lui qui est plus fort que tous les bataillons de la royauté, et qui d’un mot peut soulever les peuples de l’Astrée. Aime le… »

Le rêve se prolonge, mais les paroles se transforment en un martèlement désagréable. L’enfant ressent une vive douleur à la hanche, puis s’éveille brutalement, la sueur au front. Un vigile la toise, matraque à la main, puis éructe sa médiocrité tout en la frappant du pied :

« Lève toi sale voleuse ! Lève toi ! »

Son prénom, à dire vrai, n’est pas « sale voleuse », mais Elision. Quant à son nom, il lui est bien inconnu. Elle fait partie de cette masse grandissante d’orphelins du monde d’Astrée. Issue de parents, soit décimés par le labeur, soit envoyés à la guerre, elle l’ignore totalement. Mais une chose est sûre : A ce manque paternel et maternel s’ajoute la famine. Elle qui fait partie de la classe populaire, nommée « la décheu » par la royauté, elle n’a pas échappé à l’attention de l’un des gardes, et s’est vue mettre aux fers le temps que son jugement soit rendu.

Elle s’est retrouvée, en conséquence du larcin de quelques pommes, dans ce trou où même les gardes rechignent à rester plus d’une minute. Une pièce en dur, de quelques quatre mètres carré n’ayant pour seule ouverture qu’une petite fenêtre donnant sur une autre cellule similaire. Si ! Il y a bien cette grande grille qui donne sur le couloir de son destin prochain, mais à choisir, elle préfèrerait presque rester aux côtés des rats…

Elle se lève en s’appuyant sur le sol humide et pestilent, grimaçant sous le joug de la douleur. Le vigile la bouscule pour la presser et elle progresse le long de ce corridor, sans un mot. Elle jette un œil succin au travers des autres grilles… pour constater toujours la même expression sur le visage de leurs occupants : la désolation.

Brusquement, un homme d’âge mûr et au visage scarifié sort de l’ombre pour se cramponner aux barreaux de sa cellule. Elision sursaute et recule, terrifiée par la présentation de l’individu, qui se met alors à hurler :


« A mort l’roi et sé pécos ! l’décheu sont pas dé chiens ! A mort l’roi… »

L’individu ressasse sa scande de manière hystérique et finit par se faire matraquer par le garde. L’enfant pourrait profiter de l’égarement de ce dernier pour prendre la fuite, mais l’idée ne lui traverse pas l’esprit. De toutes façons, deux autres vigiles, alertés par le raffut et les hurlements arrivent au pas de course pour prêter main forte, comme si, déjà armé, le premier ne pouvait satisfaire à punir l’individu…

Des cris, des lamentations, puis de nouveau le silence. Juste le temps pour Elision de repenser à cet étrange rêve : « Lève les yeux. Et au-delà de la brume humaine, vois ton étoile.
Ne sous-estime pas l’homme ridé. Lui qui est plus fort que tous les bataillons de la royauté, et qui d’un mot peut soulever les peuples de l’Astrée. Aime le… ».
Elle se souvient clairement de chacun de ces mots comme si elle les avait appris par cœur. Elle se prend alors à espérer, dans ce lieu des plus noirs et désolant, comme si le songe avait un sens, une valeur… elle sourit.

4 commentaires:

Karine a dit…

J'en veux encore :D Je le redis: j'aime vraiment vraiment beaucoup!
gros bisous

Mamie Accordéon a dit…

Ce matin, j'ai lu mais sans commentaires car pas bien réveillée et avant d'aller faire cours, ça le fait pas... ;) à quand la suite, je voudrais savoir tout de suite en fait. J'aime bien le style. Biz

Lalwende a dit…

Très bien écrit et prometteur.
Alors la suite? :)

Renaud a dit…

Merci pour vos chaleureux commentaires =)