mercredi 18 mars 2009

L'Aven Mazia -IV- La Phtisie

[Le Tribunal de Turon]

Ledit père de la fille intègre le tribunal après les contrôles d’usage. Sa veste a été retournée et ses poches détroussées, mais aucun objet n’a été estimé dangereux et c’est ainsi qu’il trouve le chemin de la grande salle, où Elision est jugée.

L’homme est mince, même squelettique. Il est vêtu, des pieds à la tête, de linges en laine déchirés. Ses mains également sont gantées et son couvre-chef s’apparente à une écharpe aménagée. Sa mine a de quoi faire pâlir les plus enthousiastes. De larges cernes, les yeux profondément enfoncés et une barbe imprégnée de glaires séchés closent le portrait d’un misérable. Il semble éprouver du mal à marcher, sa respiration est haletante : une attitude qu’il n’a pas eu avant que la grande porte du tribunal ne se referme derrière lui…

Elision s’est retournée pour dévisager l’individu. Elle ne le connaît pas et ne l’a même jamais vu. Il semble se hâter en sa direction en dépit de ses difficultés à marcher, puis la gifle violemment, si bien qu’elle tombe au sol. La fille manque de se révolter, mais choisit finalement d’observer le silence. Elle sait parfaitement quel parti prendra le tribunal et se contente de poser sa main sur la joue, comme pour adoucir la douleur. Elle se relève doucement, tête baissée. L’homme surenchérit, d’une voix rauque :


« Bér’nice ! T’crois qu’on a pas d’jà assez d’soucis pour vivre? Faut qu’tu voles les z’honnêtes gens !!!! »

Le juge du tribunal interrompt alors l’échange entre le père et la fille, l’air satisfait :

« Bérénice ! Et bien voilà de quoi compléter notre dossier ! » Il se penche vers son scribe et lui indique de noter le nom de l’enfant. Il poursuit : « Votre fille est-elle muette ? »

L’homme continue, entrecoupant sa réponse d’une toux grave :

« Non, bien sûr qu’non ! L’est…erf…erf…erf… l’est pas très bavarde…erf… »

L’auditoire à proximité du petit autel s’écarte un peu et le juge ne manque pas d’afficher une certaine inquiétude à la prestation du père… Il tourne trois fois sa langue dans sa bouche avant de continuer :

« Peut-être saurez vous nous dire son âge ?

« Neuf ans qu’elle a…erf…erf…erf… » L’homme se penche sensiblement en avant et semble perdre l’équilibre. Qu’il soit ou non son père, Elision ne cherche pas plus avant et tente de le soutenir pour qu’il ne s’effondre pas au sol. Ses yeux sont partiellement révulsés et sa bouche à demi ouverte.

Le juge n’a pas le temps de se féliciter d’avoir trouvé le bon âge de la fille, que l’homme se met à vomir de la bile pourpre, de façon compulsive et répétée, et peine à trouver sa respiration. Spontanément et de manière ingérée, Elision cesse de soutenir l’homme, qui s’écroule alors au sol. Immédiatement, un garde crie, tout en pointant sa lance en direction de la fille et de son père :


« La phtisie !!! C’est la phtisie !!!»

D’autres gardes suivent le mouvement puis les encerclent pour les immobiliser. Les membres de l’auditoire s’affolent et décampent de leur place pour rejoindre la sortie de la salle. Le juge ordonne la venue d’un convoi pour le camp des thaumaturges. La phtisie est une maladie respiratoire contagieuse et mortelle très répandue en Astrée. Il ne s’agit pas de négliger un éventuel porteur, présentant tous les symptômes du fléau…

5 commentaires:

Karine a dit…

Toujours aussi prenant! Que dire a part "superbe et encore" ? Je veux connaitre la suite :)
bisous

Lalwende a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Lalwende a dit…

bon au risque de se répéter un peu,on peut avoir la suite? :)))

Bisous

Mamie Accordéon a dit…

C'est toujours aussi bien écrit, on s'y croirait... Quelles descriptions ! j'attends toujours la suite avec impatience :) bises

Renaud a dit…

Content que vous appréciez... Je me dépêche pour la suite mais petit manque de temps, même si tout est en tête^^