jeudi 14 mai 2009

La Maison d’un homme

Ma maison est celle de milliards d’hommes et de femmes,
Et je me flatte de cette banalité unique, fruit de mon âme…

C’est à ma première fenêtre que je dois tout,
Elle qui m’offre une vue contre-plongeante sur ces fous.
Je saisis chaque jour un peu mieux leur folie :
Ce n’en est pas une. C’est une vision étroite mais investie,
D’un passé fondateur qui les a rendu bâtisseurs.

Je comprends doucement les choses et les idées me viennent :
Ma fenêtre a besoin d’un mur porteur et j’empile alors des briques,
Affirmant ainsi mon point de vue sur ce monde étherique.
Le temps fait son office et je m’enorgueillis de certitudes,
Si bien que j’élève quatre murs porteurs à belle altitude,
Avec les pierres de l’unique carrière que je connaisse.

Des jours de pluie s’annoncent et le grand froid m’agresse.
Je couvre alors mes fondations d’un immense toit,
Pour m’isoler, me protéger du monde, de ses effrois.
Je connais le paysage de l’Ouest à la lettre,
Et ne regarde donc plus à travers ma fenêtre,
Mais je suis en sécurité et mon monde est rassemblé.

Les années défilent jusqu’à cet instant tragique,
Cette tempête fracassante, destructrice et unique,
Qui d’un coup balaye mon petit monde,
Mes certitudes et mes pierres trop rondes.
L’unique carrière que je connaisse est épuisée.
J’ai tout perdu et je regrette ces années.

Cela fait maintenant des lustres que j’erre sur mes décombres,
Que je n’aspire guère plus qu’à attendre en scrutant mon ombre,
Lorsque je vois, sur mes ruines, la vie renaître,
Se recouvrir d’une épaisse mousse au parfum d’hêtre.
Je me redresse et regarde l’ouest différemment,
L’est, le nord et le sud… je ne les avais plus vus depuis trop longtemps.

Mes fondations et mes certitudes sont sous mes pieds,
Et pourtant, je n’ai jamais été aussi fier de leur leçon,
Je comprends que je ne sais rien, et que rien n’est vrai.
Je vois des carrières au loin, mais je le sais :
Au mieux, je m’assiérai dessus pour regarder l’horizon,
Et contempler avec satisfaction ma vie et ma maison.

Ma maison est celle de milliards d’hommes et de femmes,
Et je me flatte de cette banalité unique, fruit de mon âme.




Ohhh! un peu plus de lumière dans la part d'ombre... Je vous l'avais dit que je prendrais un bain d'eau claire! Pour note, dans ce texte, Maison = Histoire... pour démêler les éventuelles incompréhension ;)

7 commentaires:

Karine a dit…

Une construction edifiante. J'aime vraiment vraiment beaucoup ce parcours que tu nous offres; mais toujours du mal a trouver mes mots...
bisous

Lalwende a dit…

Dans ces cas là les mots je ne les ais pas, ou alors ils restent en moi parce qu'il ne restranscriraient sans doute pas assez justement ce que l'ont ressent face au récit d'une histoire, d'une vie , de ta vie...

Lena26 a dit…

Oui des milliers d'hommes et de femmes peuvent reconnaitre dans ce texte leur Histoire qui est aussi la tienne apparemment : ne pas regarder ailleurs, avoir des certitudes, ne voir que soit-même... et regretter.

J'ai bon ?

;-)

Renaud a dit…

Je vous avouerai que c'est très romancé et que je n'ai pas vécu cette extrême que je décris (ex : J’ai tout perdu). C'est loin d'être mon cas!!
je précise des "milliards", c'est que j'ai écris ce texte en pensant qu'il s'appliquait à beaucoup de maux, plus ou moins graves. Il s'apparente de manière générale à l'expérience d'une vie, à mes yeux: L'échec - L'apprentissage - Tentative de choix meilleurs ---> l'histoire d'une vie.

Après, j'ai effectivement fait quelques grosses parenthèses en exemples, et Léna tu tapes dans le vrai, ces erreurs que tu cites en font partie.
Mais ça peut être toute autre forme de "traumatisme" comme:
L'oubli de sois-même pour une personne à qui on a tout donné... lorsque cette personne part ("cet instant tragique,
Cette tempête fracassante, destructrice et unique"), alors on a plus rien.

M'enfin, il y a beaucoup de libre interprétation. L'essentiel est de prendre ombrage des erreurs, quelles qu'elles soient ;)

Ca me fait plaisir s'il a pu vous toucher d'une façon ou d'une autre, et surtout merci pour vos visites!!!

esquisse a dit…

Vie,existence...se lever, apprendre a respirer et puis se mettre a marcher,ouvrir les yeux et distinguer les premieres marches accompagné,caractere forgé c'est tout seul qu'on se met a voler,l'escalier est irreguliers et ses marches plus ou moins hautes.Les mains se tendent ,d'autres se dressent, a nous de savoir les quelles attraper.
C'est bien souvent dans la detresse que ceux qui nous manquent apparaissent,leurs souvenirs devient appuis,et c'est
ainsi,qu'on continu sa vie.Chacun porte son sac,le poid de son passé,et quand il faudra le posé,on pourra juste a ce moment savoir si il faut tirer un trait.Exister,pour soi ,pour eux,etre dans sa vie,accompagner la leur, echange perpetuel,malgré les charges,les coins obscurs,ses petits ou grands murs,envie et continuer...penser que son coeur peut en faire battre plusieurs,rester plusqu'un souhait ,un respect d'avoir eu ce don a partager.

Renaud a dit…

Très juste Esquisse... comme d'habitude =)
A très bientôt...

noèse cogite a dit…

Superbement écrit...la tristesse comme encre et la sagesse d'en être un peu revenu.

Beaucoup aimé