samedi 28 mars 2009

L'Aven Mazia –V(Partie2)- Le Vieil Homme

[La grande place de Turon]

Alors que la foule approuve et applaudit l’intervention, l’attention de Doppel’Anger est attirée par l’un des convois qui longe la place. C’est celui qu’il ne doit manquer sous aucun prétexte : un convoi de phtisie escorté par deux cavaliers de la garde royale. Le vieil homme élève alors le ton :

« Et puis, les gardes du roi, en bons porcs, n’ont-il pas vocation à se gaver des épluchures de pommes de terre ? »

L’un des cavaliers n’a pas manqué la provocation et se fraye un passage dans la masse sans le moindre problème. Le public se tait subitement, le silence se fait lourd et les regards s’abaissent. Le second cavalier indique au cocher du convoi d’arrêter sa course.

« Ola vieillard ! T’veux qu’on t’mette aux fers pour les quelques années qui t’reste à vivre? »

Doppel’Anger change le registre de son vocabulaire et fait mine de courber l’échine, un sourire en coin :

« Queneni mon brave ! Queneni ! Ne blâmez donc pas le vieil homme que je suis, de fabuler sur l’impertinence et les raisons lacunaires de vos bons offices… »

Le garde qui est à proximité du vieil homme hausse un sourcil et parait hébété par sa réponse. Manifestement, il semble ne pas avoir saisit l’invective. Il hésite un instant puis essaye de paraître maître de l’échange, en lançant d’un ton sec:

« Oserais tu répéter c’que t’viens d’dire ?! »

Doppel’Anger décroche un sourire rassurant à son attention et répond avec dévotion :

« Pour sûr ! Je disais en toute compatie, que les bons condottières ankylosés de médiocres facultés, desquels vous semblez porter toutes les similitudes, ne doivent souffrir d’aucun blâme, sinon celui d’être acculé par une couardise royale faite de dévoiements et facéties nombrilistes ! »

Son interlocuteur, une nouvelle fois, n’a pas saisit le moindre mot. Le second garde se rapproche au trot et une fois à hauteur de son compagnon, il lui souffle à l’oreille des mots que le vieil homme parvient à saisir :

« Faudrait p’têtre faire gaffe… t’as vu comme y parle… c’est p-tête un gars important hein… un seigneur p’têtre… »

Son compagnon hoche la tête et interroge de nouveau Doppel’Anger :

« Quel est ton nom vieil homme ? »

« Assurément ! Je suis l’aqueduc impérial de sa majesté vertueuse des terres d’Andrim, Asylem, au service des rois alités… »

Les deux gardes procèdent de nouveau à des messes basses, puis l’un conclut :

« Bien… on avait cru qu’t’avais dit du mal du roi… faut faire gaffe à c’que tu dis hein… »

Il lui faut gagner encore un peu de temps et le vieil homme surenchérit :

« Pour sûr ! Je m’en voudrai de constater, que vous n’avez pas saisit le moindre mot de la provocation qu'est celle qui vous fut faite à l’instant. Simplement, je répandais ici l’idée que vous n’étiez pas plus avisé de l’infortune des humbles, que des porcs de basse-cour. »

Une lueur de génie traverse le regard de l’un des garde, qui dégaine alors subitement son épée, en la pointant sur Doppel’Anger :

« Hey vieillard, faut pas nous prendre pour des pigeons ! C’te fois ton compte est bon ! »

Doppel’Anger tend les mains en avant, comme pour inviter les gardes à lui mettre les fers, puis ajoute :

« Assurément ! Il y a longue date que je n’ai pas visité vos caves… » Puis en indiquant de l’index le fond de la place : « …à moins que vous ne préfériez rattraper le convoi qui vient de vous échapper… Je crois savoir que le roi n’aime guère voir la phtisie se mêler à l’embourgeoisement… »

Les deux gardes visent le fond de la place : le convoi a disparu. L’un lance à l’autre :

« Merde ! T’as pas surveillé ?! »

« …Bah et toi !? T’as du culot ! »

L’un rebrousse chemin au galop, et le second menace le vieil homme, avant de ranger son épée :

« Vieillard ! T’perds rien pour attendre ! Qu’on t’croise et t’verras qu’on s’moque pas du roi comme ça ! ».

Il fait demi tour et décampe de la place à vive allure. L’auditoire s’amuse de la scène en raillant des gardes. Doppel’Anger, en appui sur sa canne, mime une révérence puis se retire discrètement de l’estrade pour se fondre dans la foule…

8 commentaires:

Mamie Accordéon a dit…

j'aime pas trop lire une histoire en feuilleton, je préfèrerai lire l'entité tout de suite mais cette partie-là est très drôle, j'adore ;)

Lalwende a dit…

Ah moi j'aime bien avoir des feuilletons, ça fait attendre et donne d'autant plus le plaisir de lire la suite quand elle parait ;)
Et cette partie très drôle en effet.

Mes compliments messire!
(révérence ^^)

Karine a dit…

Une belle entree du grand personnage ;) Toujours fan du style mais je crois pas que ca va changer de sitot. Bah, comme d'hab, on va dire: encore!!! bisous
(drole d'heure pour ecrire....)

muriel a dit…

ben moi je comprend rien pis de toute façon j'ai pas envie de lire!!pis c'est toi qui est mechant c po moi!!!mdr

Renaud a dit…

Mamie accordéon, si tu veux, tu lis pas et quand j'ai finit, je te préviens =p

Karine, je l'ai posté à point d'heure parce que je voulais le finir dans la journée pour la journée "économie d'énergie" du samedi. Du coup, j'ai un peu mordu, mais bon, j'ai fait quand même fait mes 24h à la bougie (bien fatigué)^^

Mumu!!! Pas envie de lire ou de réapprendre les bases de la lecture? En tout cas, tu n'imagines pas à quel point je suis touché par l'attention!!! Bisous ;)

Dame Lalwende! Quelle flatteuse lectrice vous faîtes... et ma foi, si les séries médiévales vous contentent, vous en aurez encore pour vos nuits d'été et vos journées d'hiver à venir!

Merci à vous!

MARIE a dit…

Une histoire qui fleure bon , des anecdotes remplit de panier sourire et des plages que l'on aime tourner pour suivre les vagues de mots ...
Bravo !!!
:o)

Lysandra a dit…

Oh My God !!!
O_O

Et tu ne m'as même pas parlé de ça...
Pis tes cheveux ?!? Sont passés où ? (me répond pas dans la tondeuse hein !!!)

Bon, j'ai de la lecture là !!!

Renaud a dit…

Dans la tondeuse... et dans l'âge!
Ca me fait énormément plaisir ta visite Lyse =)